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Les premiers Jeux olympiques du Japon origine de leur passion pour le marathon

Marathon Japon Kanakuri ShisoC’est en 1912 que le Japon participa pour la première fois (et première nation asiatique) aux Jeux olympiques en envoyant deux athlètes à Stockholm, Mishima Yakiho et le marathonien Kanakuri Shiso qui est devenu un héros dans son pays.

Kanakuri Shiso est né en 1891 à Kumamoto. Devant accomplir chaque jour 6 kilomètres entre son domicile et son école, il se mit à les courir. Etudiant à Tokyo en 1910 il s’inscrit à une course de fond et sans aucun entraînement, termine 3ème. L’année suivante il récidive et gagne la course. En 1911 fut créé le comité olympique japonais par le directeur de l’école de Kanakuri et ce dernier fut sélectionné parmi 25 participants.

Les athlètes payèrent eux-mêmes le voyage. La délégation japonaise mit 18 jours dont 10 en train pour rejoindre Stockholm en Suède. Sans aucune préparation, en complète improvisation (les athlètes japonais pour se rendre au point de départ y sont allés en courant, n’ayant pas trouvé de taxi), la course fut un martyre pour Kanakuri qui n’avait jamais couru une telle distance (40,200 kms), ni sous une telle chaleur, courant dans des chaussures en paille sans semelle en cuir (à mi-course ceux-ci furent déjà usés, il mit plus d’un mois à soigner son talon ensanglanté). Au kilomètre 26,7 il perdit connaissance, fut recueillit et soigné par des spectateurs, mais ne finit pas la course, comme la moitié des concurrents. Par contre une fois revenu dans son pays il lança un programme d’entraînement et plusieurs courses qui existent toujours, comme le Fuji-trail ou le Hakone. Il courut encore aux J.O. en Belgique en 1920 (16ème) et à Paris en 1924, course qu’il ne put finir.  

Le 20 mars 1967 Shiso Kanakuri retourna à Stockholm pour finir son marathon après… 54 ans, 246 jours et 5 heures 32 minutes (répertorié par le livre des records). Il mourut en 1983 à l’âge de 92 ans. Au Japon il est considéré comme le père du marathon. 

En 1964 aux Jeux olympiques de Tokyo, son fils spirituel Kôkichi Tsuburya fait son entrée dans le stade en deuxième position sous les vivas du public mais est dépassé au sprint dans le dernier tour par le Britannique Basil Heatley qui le devance de 3 secondes à l’arrivée. L’athlète est effondré. Estimant avoir “commis une faute devant le peuple japonais” il veut se racheter en 1968 à Mexico, mais souffrant du dos, se suicide en se tailladant les veines le 9 janvier en pleine préparation olympique. Dans sa lettre d’adieu, il encourage les autres athlètes japonais à se surpasser, et termine le mot par : «Je suis trop fatigué pour courir plus. Pardonnez-moi s’il vous plaît. Je suis désolé pour le tort que je vais causer à mes parents”. Son compatriote Kenji Kimihara, 8ème quatre ans plus tôt, lui fera honneur en ramenant la médaille d’argent au pays, ce qui reste le meilleur résultat du Japon aux Jeux olympiques.  

Le marathon de 2020 a été reprogrammé les 8 (femmes) et 9 août (hommes) à Sapporo, dans le nord, sous pression du CIO qui craint les coups de chaleur à Tokyo. Si toutefois les J.O. auront lieu cette année, des voix se lèvent en pleine crise du coronavirus pour en demander le report.